Ses débuts

Vous êtes député depuis le mois de juin. Jusqu’ici, c’est ce à quoi vous vous attendiez ?

Brahim HAMMOUCHE : « Ce n’est pas forcément comme je m’y attendais, mais comme je n’avais pas d’attente particulière sur la fonction… Tant qu’on n’est pas à l’intérieur, on ne peut pas avoir conscience de tout. Après, le parlementaire est un échelon fondamental dans le lien républicain entre le citoyen et le gouvernement. On est aussi là pour faire la navette entre le local et le national. »

C’est un grand changement dans votre vie. Comment organisez-vous votre emploi du temps ?

« Le rythme est très soutenu, on n’a pas le choix de le prendre. On n’a pas le temps de se poser mille et une questions, on agit. Je suis le mardi, mercredi, la matinée de jeudi à l’Assemblée nationale et je reviens sur la circonscription le jeudi après-midi, où je reste jusqu’au mardi suivant. Et j’ai deux collaborateurs qui s’occupent de l’accueil à ma permanence, qui est ouverte du lundi au vendredi, de 9 h à 12 h, et de 14 h à 18 h, avec ou sans rendez-vous. Et je souhaite qu’elle soit la maison du peuple, tout le monde peut venir échanger ici. »

Son style

Lors de votre campagne vous aviez promis d’être proche des gens de la circonscription. Vous êtes pour l’instant assez discret, comment l’expliquez-vous ?

« C’est ma personnalité, je suis un homme discret. Je pense que l’on fait de bonnes choses en silence, dans la discrétion. Peut-être que c’est inhabituel, que les autres avant moi avaient une autre façon d’agir, mais moi ce sera mon tempo, ma façon de faire, mon approche. C’est-à-dire faire les choses dans l’ordre et à mon rythme, afin d’être le plus efficace possible. Je ne serai pas un député spectacle. Et je ne suis pas pour la médiatisation à outrance. Ce qui n’empêche pas d’être dans la proximité. »

Vous aviez annoncé la mise en place d’un jury citoyen sur la circonscription. Où en êtes-vous de ce projet ?

« En septembre, on va réunir un certain nombre de bonnes volontés pour réfléchir à l’organisation. On va se donner deux ou trois mois, et puis en janvier on procédera au tirage au sort. On partirait plutôt sur un binôme homme/femme par commune, avec des suppléants. L’idée est de construire ensemble. »

L’été politique

À l’échelle nationale, l’été a été assez chargé sur le plan des réformes, avec déjà son lot de polémiques. Sur la baisse de 5 € des APL pour commencer, que vous inspire cette séquence ?

« Si on ne faisait pas ça, on arrêtait brutalement, drastiquement, les APL pour tout le monde. La cour des comptes s’est exprimée et parle de comptes insincères, ce qui veut dire qu’il y a eu des opérations de maquillage, que des choses n’ont pas été réellement budgétées. Et nous, on ne peut pas donner de l’argent qui n’existe pas. Alors on essaye d’amortir les choses. Moi je ne dis pas que 5 € c’est rien pour un étudiant. Mais cette question pose la problématique du logement : on constate aujourd’hui un système inflationniste, avec des petites annonces qui affichent un loyer et précisent "avec les APL, ça vous fera que tant". Ce n’est pas normal. Il faut un vrai parcours de logement avec des loyers qui correspondent réellement à la valeur du bien. »

La loi de moralisation de la vie politique a beaucoup été mise en avant par La République En Marche. Or, il y a déjà eu certains reculs, comme l’abandon du casier judiciaire vierge pour les élus…

« Il y a différents types de mentions sur un casier judiciaire. Un principe constitutionnel s’est posé : le risque c’était de faire une jurisprudence, d’oublier le droit à l’erreur, puisqu’après tout, on peut payer sa dette et être propre, c’est le principe même du droit. Et puis il y a des peines qui sont inscrites et d’autres qui ne le sont pas. Je vais vous dire, on peut très bien avoir un casier judiciaire vierge juste parce qu’on ne s’est pas fait prendre ou parce qu’on a de bons avocats. Si on ajoute cela dans la constitution, est-ce que cela ne va pas pousser le juge à automatiquement inscrire n’importe quelle peine au casier ? Ce qui nous a paru inconstitutionnel. Par contre, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que dans cette loi nous avons ajouté la probité : c’est-à-dire que si vous êtes condamné pour harcèlement moral, harcèlement sexuel ou des peines du même genre, vous êtes inéligible à toute élection. On est vraiment dans une phase d’assainissement des pratiques. »

Les dotations aux collectivités

Une annonce surprise a fait et fait beaucoup réagir ces jours-ci : la suppression de 300M€ de dotations aux collectivités locales. En plus du fond, la méthode choque…

« Ce qui représente 0,3 %… On a 20 milliards à économiser avant fin 2017. Fin 2017 c’est tout de suite. Nous devons le faire pour honorer notre parole ou celle de nos prédécesseurs. La valeur de la France c’est de respecter ses engagements. Si nous dérapons sur ce sujet, cela ne fera que rajouter des coûts supplémentaires pour la suite. Alors qu’est-ce qu’on veut ? Et encore une fois, cet argent est sous-budgété. On met dans des crédits, des crédits qui n’existent pas. Parce que ce n’est pas de l’argent qu’on enlève, c’est de l’argent qui était prévu mais qui n’est pas budgété. Donc il y a quand même un problème ! Vous, quand vous allez acheter un frigo, vous ne le faites pas si vous n’avez pas l’argent ? Aujourd’hui il faut faire preuve d’économie et pas qu’au niveau national. »

Justement, de nombreux élus locaux se plaignent d’être déjà étranglés par la politique de restrictions budgétaires mise en place sous le quinquennat de François Hollande et considèrent faire assez d’efforts. Une partie d’entre eux va plus loin en dénonçant une volonté politique de faire disparaître les petites communes. Que leur répondez-vous ?

« Il n’y a pas de volonté de faire disparaître les communes. Les collectivités, aujourd’hui, on ne leur enlève pas de l’argent, j’insiste là-dessus. Et puis après, il y a des postures. Il y a des élections qui arrivent en septembre… À force de postures on tombe dans les impostures. Il faut sortir de ça. Il faut qu’on soit intelligent collectivement. Je comprends les inquiétudes et un certain nombre d’angoisses. Mais on ne traite pas l’angoisse par la peur. Enfin, il faut sortir de la tradition française de la dépense publique. »

La crise migratoire

Avec des députés En Marche du département, vous avez lancé un appel au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, en vous rendant sur le camp de Blida à Metz. Que pensez-vous du plan de politique migratoire annoncée par le gouvernement, qui prévoit à la fois plus de places d’hébergement et un contrôle beaucoup plus strict des flux ?

« Il s’agit d’un plan pondéré, qui tient compte selon moi et des besoins, et de la demande. Donc qui est équilibré. Une des priorités est d’améliorer le délai de traitement de demandes d’asile. Ce qui n’est pas tenable c’est d’avoir des familles qui sont là depuis de nombreuses années, à qui on dit non à la fin. Après, ceux qui ne sont pas autorisés à rester doivent repartir. »

Gérard Collomb doit se rendre en Albanie. La collaboration avec ces pays clés est-elle suffisante aujourd’hui ?

« Il y a un gros travail de clarification à faire avec les pays d’origine, et surtout l’Albanie. Aujourd’hui, 80 % des demandeurs d’asile à Metz viennent de ce pays. Les questions sont : que fait l’Albanie en matière de contrôle, pour éviter que ses populations s’exilent ? Quels sont les mécanismes de régulation qui ont été mis en place ? Et il faut évidemment une clarification par rapport aux systèmes mafieux qui organisent en partie ces flux. Existe-t-il des déficiences du côté de l’État albanais ? Existe-t-il un laisser-faire ? Nous devons répondre à ces questions pour avoir des pistes d’action. Concernant les camps, la priorité est d’améliorer la sécurité sanitaire et la sécurité tout court. »

La rentrée politique

Comment appréhendez-vous la rentrée politique de septembre, qui s’annonce assez tendue ?

« Le travail des syndicats est important. Ils ont une place structurante dans notre société et il faut leur reconnaître cela. Nous devons entendre les partenaires sociaux et parler avec eux. La CGT a appelé à manifester, c’est tout à fait légitime, et si elle maintient son appel on entendra. Mais le plus important reste le dialogue. Par contre j’ai beaucoup plus de mal, en tant que parlementaire, avec l’attitude d’un parti comme la France insoumise. Ils ont aujourd’hui une représentation à l’Assemblée nationale, ils ont des relais médiatiques (on les entend souvent sur BFM),… Bon, on ne peut pas dire qu’ils ont été privés de parole. Ils ont une responsabilité en tant que parti, et la responsabilité en République, c’est l’ordre public. Ils ont tout l’espace démocratique pour s’exprimer. Mais vraiment, je ne comprends pas leur volonté à eux, leur appel, d’aller dans la rue, alors que l’institution leur a donné un espace démocratique, un espace de confrontation. L’Assemblée nationale sert à ça. Là, de leur part, c’est une forme de déni démocratique et c’est un jeu dangereux. »